Définition :
La politique monétaire désigne l’ensemble des décisions et des actions visant à agir sur la situation économique par l’intermédiaire du taux d’intérêt (prix du crédit) et/ou de la quantité de monnaie en circulation.
L'essentiel :
Les politiques monétaires font partie des politiques économiques conjoncturelles avec les politiques budgétaires et de change. Leur objectif est d’agir sur la conjoncture (la situation économique à court terme) et non sur les structures de l’économie comme le font les politiques économiques structurelles.
La politique monétaire est aujourd’hui la principale mission des banques centrales. Cependant, le concept même de politique monétaire est récent dans l’histoire bien que la monnaie soit très ancienne. Le rôle macroéconomique de la monnaie a mis du temps à être reconnu. Les années 1920 et 1930 avec respectivement leurs épisodes d’hyper-inflation et de déflation y ont très largement participé, les économistes mettant en lumière les défauts de la politique monétaire menée à ces occasions. Jusqu’aux années 1960, les questions de politique budgétaire ont dominé les débats portant sur les politiques conjoncturelles et il faut véritablement attendre les années 1970 pour que la politique monétaire prenne une place substantielle.
La politique monétaire est un instrument utilisé dans la réalisation d’objectifs d’inflation ou de croissance économique et qui permet de stabiliser la conjoncture. Elle est ainsi un outil de politique économique contracyclique, c’est à dire permettant de lutter contre l’inflation en période de surchauffe via une politique restrictive ou de relancer la croissance et l’emploi en phase de récession en agissant sur la demande globale, consommation et investissement, via une politique de relance.
A partir des années 1980, la part de la création monétaire par le crédit diminue au profit de celle par l’achat par les banques de second rang de titres sur les marchés. Il convient dès lors d’agir plus largement sur la monnaie en circulation que par le simple encadrement du crédit grâce à l’action sur les prix ou les volumes du refinancement des banques. Il s’agit ici de contrôler indirectement l’accès des banques de second rang à la monnaie centrale. Depuis 1999, la Banque centrale européenne met en œuvre sa politique monétaire par l’intermédiaire des banques centrales nationales de la zone euro (l’Eurosystème) en jouant principalement sur la fixation de ses taux directeurs dans un cadre donné (on parle de politique monétaire conventionnelle). Ces derniers sont déterminants dans les choix des banques de second rang concernant la gestion de leur trésorerie, celles-ci pouvant opérer des emprunts ou des dépôts à la banque centrale. Une hausse des taux directeurs rend plus difficile l’accès à la monnaie centrale pour les banques de second rang, diminuant ainsi l’accès au crédit et la demande globale pour lutter contre l’inflation. Une baisse des taux directeurs permet au contraire de relancer la croissance et l’emploi grâce à un accès plus facile des banques de second rang à la monnaie centrale.
Les politiques monétaires non conventionnelles renvoient aux actions de la banque centrale lorsque la politique non conventionnelle n’est plus efficace ou suffisante. C’est à la suite de la crise financière de 2008 et pour limiter les effets de la crise du Coronavirus que les banques centrales des économies développées se sont engagées massivement dans ce type de politiques même si certaines avaient été mobilisées plusieurs années auparavant, essentiellement par le Japon. Celles-ci prennent des formes très diverses que l’on peut classer en trois catégories : l’utilisation non conventionnelle d’outils conventionnels (les taux directeurs), le guidage des anticipations et l’achat massif de titres. Ces deux dernières correspondent à des outils non conventionnels.
Afin de faciliter l’accès à la monnaie centrale, les banques centrales peuvent allonger l’échéance moyenne des prêts et accroître le montant du refinancement des banques de second rang mais aussi élargir le groupe des établissements financiers en bénéficiant.
Elles peuvent aussi mener des politiques monétaires en convoquant des outils qu’elles n’ont pas l’habitude d’utiliser, dits non conventionnels. Le guidage des anticipations, ou guidage prospectif (forward guidance), entre dans cette catégorie. Il s’agit d’un mode de communication que les banques centrales mobilisent pour fournir des informations sur la trajectoire future des taux directeurs et ainsi ancrer les anticipations des agents économiques (en leur donnant quelques certitudes sur la politique monétaire mobilisée à l’avenir), par exemple en assurant par la voix de leur gouverneur que tout sera fait pour lutter contre l’inflation (ou la déflation).
L’achat massif de titres peut passer par le quantitative easing qui consiste pour la banque centrale à réaliser des achats fermes de titres faisant augmenter la taille de son bilan. Le principe est le suivant : elle achète elle-même des titres de dette (obligations publiques ou privées) sur les marchés financiers auprès des banques de second rang, des compagnies d’assurance ou autres fonds d’investissement et crée ainsi de la monnaie centrale en contrepartie, ceci faisant augmenter la quantité de monnaie en circulation dans l’économie. Les achats de titres peuvent aussi se faire dans une logique d’assouplissement qualitatif. Ce n’est alors pas la taille mais la composition du bilan de la banque centrale qui est modifiée. Au sens strict, il n’y a donc pas création de monnaie centrale ici. La banque centrale achète des titres dégradés, le plus souvent à des banques de second rang, en échange de titres de meilleure qualité, dans le but d’assainir le marché des titres. Ainsi, les banques sont en quelque sorte « désintoxiquées ».