Définition :
Le chômage conjoncturel est la part du chômage observé qui peut être expliqué par la position de l’économie dans le cycle d’activité (période de récession ou d’expansion).
Le chômage structurel est la part du chômage observé qui est insensible aux fluctuations de l’activité et qui dépend des structures de l’économie.
L'essentiel :
Il existe aujourd’hui dans la plupart des pays un outillage statistique qui permet de d’observer les variations du taux de chômage. Cependant, suivre le taux de chômage observé n’informe en rien sur les origines du problème. Pour cela, les économistes distinguent le chômage conjoncturel du chômage structurel. La pertinence du diagnostic sur l’origine du chômage donne des indications quant à la politique efficace pour le résorber.
A court terme, c’est la variation de l’activité économique qui est déterminante dans l’évolution du chômage, la structure démographique et technologique étant donnée. Depuis les travaux d’Arthur Okun en 1962 et sa fameuse loi, les économistes savent que lorsque le produit intérieur brut (PIB) en volume augmente, toutes choses égales par ailleurs, le chômage diminue. Inversement, il augmente quand le PIB réel diminue. En effet, lorsque la situation économique s’améliore, les carnets de commande des entreprises se remplissent. Elles ont alors besoin d’un surcroît de main d’œuvre pour répondre à cette nouvelle demande. Au niveau macroéconomique, une hausse de la demande globale, c’est-à-dire de la consommation dans le pays, de l’investissement, des dépenses publiques ou des exportations entraîne une hausse de la production et par conséquent une baisse du chômage. A l’inverse, lorsque la conjoncture se dégrade, par exemple sous l’effet de la hausse du prix du baril de pétrole comme en 1973 ou des crises financières de 1929 et 2008, le chômage augmente. Par exemple, le taux de chômage aux Etats-Unis passe de 10 % en 1930 à 25 % en 1932 après que la production industrielle ait été divisée par deux.
L’analyse du chômage conjoncturel ne permet pas de comprendre les variations du taux de chômage à long terme. Il existe donc d’autres déterminants qui permettent d’expliquer le niveau de chômage dans une économie. Le chômage structurel dépend ainsi des structures de l’économie comme par exemple : population en âge de travailler, efficacité de l’Ecole et niveau de qualification, facteurs institutionnels comme les modalités d’indemnisation du chômage, les prélèvements sociaux, le salaire minimum, le taux de syndicalisation ou encore des facteurs technologiques comme la quantité et la qualité des innovations. Les économistes disposent de plusieurs méthodes pour estimer le taux de chômage structurel. On peut citer par exemple le calcul d’un taux de chômage qui n’augmente pas l’inflation (non-accelereting inflation rate of unemployemnt ou NAIRU).
Pendant longtemps, les économistes ont considéré que les deux types de chômage étaient indépendants : le niveau de chômage conjoncturel n’influencerait pas celui du chômage structurel. Depuis les travaux d’Edmund Phelps en 1972 puis d’Oliver Blanchard et Lawrence Summer en 1986, l’idée de l’existence d’un effet d’hystérèse est acquise. Une dégradation prolongée de la conjoncture peut avoir des effets sur le niveau de chômage structurel. L’influence du niveau de chômage conjoncturel sur ce dernier passe par divers canaux de transmission permettant d’expliquer que des effets de court terme se transforment en effets de long terme. Par exemple, lorsque le chômage augmente à la suite d’une crise, certains chômeurs peinent à retrouver un emploi rapidement. Ils perdent alors en employabilité, leurs compétences étant considérées comme obsolètes. Ainsi, plus la période de chômage se prolonge, moins ils ont de chance d’en sortir. Le chômage de longue durée, réduisant le capital humain, augmente le chômage structurel. Au final, le chômage conjoncturel s’est transformé en chômage structurel.