La zone euro compte 21 membres depuis le 1er janvier 2026. La Bulgarie a adopté la monnaie unique, 19 ans après son adhésion à l’UE. Le pays respecte les critères économiques et juridiques pour cette adhésion, mais sa situation interroge. La Bulgarie est traversée par une crise politique, avec une forte instabilité gouvernementale et son adhésion se fait alors que son économie est loin d’avoir achevé son processus de rattrapage sur les autres économies de la zone : la monnaie unique va-t-elle favoriser ce rattrapage ou bien être fragilisée par cette adhésion ? Cette intégration est-elle annonciatrice d’une future adoption de l’euro pour les pays qui ne l’ont pas encore ?
1/ Les faits
Le 1er janvier 2026, la Bulgarie est devenue le 21e membre de la zone euro. Le pays, qui est devenu membre de l’Union européenne en 2007 et de l’espace Schengen en 2025, a abandonné le lev, sa monnaie nationale, pour la monnaie unique européenne. Pendant tout le mois de janvier, les deux monnaies circuleront, avec un taux de change de 1 euro pour 1,96 lev.
L’adhésion de la Bulgarie a été validée au mois de juillet 2025 par le Parlement européen et le Conseil de l’UE. La zone euro gagne donc un nouveau membre, après la Croatie en 2023. L’entrée de la Bulgarie dans la zone euro se produit dans un contexte spécifique puisque le pays connaît une forte instabilité politique. Le premier ministre a démissionné après des manifestations importantes portées notamment par la jeunesse . De nouvelles élections législatives sont ainsi prévues, ce seront les huitièmes en 4 ans.
La Bulgarie est aussi le pays qui a le PIB par habitant en parités de pouvoir d’achat le plus bas de l’Union européenne : en 2024, son PIB par habitant vaut 2/3 de celui de la moyenne de l’UE. A titre de comparaison, celui de la Croatie, au moment de son adhésion valait plus des 3/4 de la moyenne de l’UE. Cette donnée peut toutefois être pondérée par le fait que depuis 2007, la Bulgarie est, derrière la Roumanie, le pays dont le PIB par tête a le plus augmenté dans l’UE, avec une multiplication par 2,66, quand le PIB par tête moyen de la zone euro a été multiplié par 1,5 sur la même période, selon des données d’Eurostat.
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2/ La Bulgarie, prête pour l’euro ?
Comme tous les pays candidats à l’adoption de l’euro, la Bulgarie a dû respecter un certain nombre de conditions économiques et juridiques pour passer à la monnaie unique : les critères de convergence, c’est-à-dire des critères qui permettent de penser que la situation de la Bulgarie ne diverge pas trop de la situation de la zone euro et que son adoption de la monnaie unique ne sera pas trop perturbatrice, ni pour elle, ni pour la zone.
D’un point de vue économique, on compte 4 critères qui concernent la stabilité des prix, les finances publiques, les taux d’intérêt de long terme et les taux de change.
Pour ce qui est de la stabilité des prix, l’indicateur retenu est celui du taux moyen d’inflation sur 12 mois. Une valeur de référence est calculée à partir de la moyenne des taux d’inflation des trois pays les moins inflationnistes, à laquelle sont ajoutés 1,5 point. Dans son rapport de juin, qui a été décisif pour l’adoption de l’euro par la Bulgarie, la BCE a retenu comme période de référence le mois d’avril 2025. Sur cette période, les trois pays avec la plus faible inflation étaient l’Irlande (inflation à 1,2%), la Finlande (1,3%) et l’Italie (1,4%). La moyenne de leurs trois taux d’inflation était donc de 1,3 % et le seuil d’inflation à ne pas franchir de 2,8 %. Sur la période, le taux d’inflation moyen sur 12 mois en Bulgarie était de 2,7 %… Ce critère était donc bien satisfait.
Les critères concernant les finances publiques ont été bien plus largement satisfaits par la Bulgarie. Il y a trois critères retenus : les deux critères numériques du Pacte de stabilité et de croissance, c’est-à-dire avoir un déficit des administrations publiques inférieur à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 60 % et le fait que le pays ne doit pas avoir été concerné par une procédure pour déficit excessif. La dernière fois que la Bulgarie a connu une telle procédure, c’était en 2012, son déficit public a valu 3 % du PIB en 2024 et sa dette publique, 24,2 % de son PIB. La Bulgarie fait d’ailleurs partie des pays avec les plus faibles dettes publiques de l’UE.
La stabilité financière est également mesurée à partir des taux d’intérêt du pays. Le critère retenu est celui des taux d’intérêt sur les obligations d’État d’une maturité de 10 ans : on retient les taux d’intérêt moyen des trois pays les moins inflationnistes. Le critère numérique est alors la moyenne des taux d’intérêt de ces trois pays à laquelle on ajoute 2 points. La moyenne des taux d’intérêt de l’Irlande (2,72%), la Finlande (2,85%) et l’Italie (3,71%) est de 3,1 %, ce qui fait un seuil à 5,1 %, assez loin au-dessus des 3,9 % bulgares.

Enfin, pour ce qui est de la stabilité des changes, le fait que la monnaie bulgare ait fait partie du mécanisme de change européen pendant la période de référence (mai 2023-mai 2025) sans avoir connu de modification de taux de change fait que le critère attendu est également satisfait.
D’un point de vue juridique, il est attendu des candidats que leur législation soit compatible avec les traités européens et les statuts du système européen des banques centrales, ce qui est le cas pour la Bulgarie. En particulier, l’attention est portée à l’indépendance de la banque centrale, qui converge vers celle des pays de la zone euro depuis les années 1990 pour la banque centrale bulgare.
Même si ce n’est pas un critère obligatoire d’adoption de la monnaie unique, il est espéré une certaine adhésion de la population au projet de passage à la monnaie unique. Pourtant, selon les résultats de l’Eurobaromètre de l’automne 2025, la Bulgarie fait partie des 5 pays de l’UE où la part des personnes défavorables à l’euro est supérieure à celle des individus qui pensent que l’euro est une bonne chose. En effet, on constate que 49 % des personnes bulgares interrogées se déclarent défavorables à la monnaie unique (5e part la plus haute de l’UE) contre seulement 42 % qui lui sont favorables (4e part la plus basse). Ces résultats sont toutefois à nuancer : tous les pays où le soutien à l’euro est le plus bas sont hors de la zone euro et pour tous ceux qui ont adopté la monnaie unique, on a constaté que le soutien a augmenté au fur et à mesure de l’utilisation de cette monnaie.
3 / Quels effets attendus pour l’économie bulgare ?
L’adoption de l’euro par la Bulgarie devrait amplifier les relations entre le pays et ceux de la zone euro. Comme le rappelle la Banque de France,, la Bulgarie a déjà des relations économiques très fortes avec la zone euro : 45 % de ses exportations de biens et services vont vers les pays de cette zone (14 % vers l’Allemagne), 64 % de son stock d’IDE est positionné dans la zone euro alors que 76 % des IDE réalisés en Bulgarie proviennent de cette zone, 70 % de la dette publique bulgare est libellée en euros, alors qu’un quart des ménages bulgares détiennent déjà des euros, en particulier comme réserve de valeur.
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L’adoption de la monnaie unique devrait aussi accélérer le processus de convergence de la Bulgarie vers les niveaux de vie des autres économies européennes. De nos jours, le PIB bulgare représente 0,7 % de celui de l’UE, mais la Bulgarie est , avec la Roumanie, le pays qui a connu la croissance de son PIB par tête en PPA la plus élevée de l’UE depuis 2007.
L’adoption de l’euro devrait aussi renforcer l’ancrage européen du pays. La Bulgarie avait, avant 2022, des relations économiques fortes avec la Russie : en 2014, 14 % de ses importations de biens et services provenaient de la Russie, cette part est aujourd’hui proche de 0. Le fait d’avoir la même monnaie que la plupart des économies européennes devrait aussi être un facteur d’attractivité pour les investissements internationaux. Enfin, il est évident que l’euro permettra à l’État bulgare de s’endetter à des taux avantageux puisque la monnaie européenne apparaît comme une contrepartie plus intéressante pour les prêteurs que le lev bulgare. On a vu aussi, avec la crise de 2010, apparaître une certaine forme de solidarité sur les dettes entre les pays de la zone euro. L’intégration à la zone euro est aussi un facteur d’accélération pour le secteur financier bulgare, ce qui peut faciliter les financements privés.
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4/ Après la Bulgarie, de futurs membres pour la zone euro ?
Avec 21 pays membres de la zone euro, il ne reste plus que 6 pays de l’UE qui n’ont pas adopté la monnaie unique. Depuis le traité de Maastricht, l’euro est un « acquis communautaire », c’est-à-dire que tous les pays qui adhèrent à l’UE ont vocation à passer à l’euro.
Le seul pays qui fait exception à cela est le Danemark qui avait utilisé, au moment de la ratification du traité de Maastricht une clause « d’opting-out », lui permettant de ne pas adopter l’euro (le Royaume-Uni avait fait de même).
Parmi les 5 pays restants, la Roumanie fait réellement acte de candidature pour la monnaie unique, mais elle peine à respecter les critères de convergence économique, tout comme les transformations juridiques nécessaires. Pour les 4 autres pays (Suède, Pologne, Tchéquie et Hongrie), la volonté de rejoindre la zone euro n’est pas manifeste. Pour certains d’entre eux, c’est lié à un positionnement politique plutôt défavorable à la construction européenne (en particulier en Hongrie), mais d’un point de vue économique, c’est aussi l’abandon de la souveraineté monétaire qui peut être craint : en adoptant la monnaie unique, les pays perdent la possibilité de dévaluer leur monnaie pour restaurer leur compétitivité. D’ailleurs, aucun des pays candidats ne respecte le critère de l’adhésion au mécanisme de change européen depuis au moins deux ans.
Autrement dit, sauf transformations radicales en Roumanie, il ne devrait pas y avoir de nouveaux membres de la zone euro avant au moins deux ans.
A suivre
* les évolutions politiques en Bulgarie : l’entrée en vigueur de la monnaie unique permettra-t-elle d’avoir une plus forte stabilité gouvernementale ?
* les évolutions des prix : l’inflation a accéléré en Bulgarie sur la fin de l’année 2025 et on sait que l’adoption d’une monnaie unique peut temporairement créer de l’inflation, du fait des « changements d’étiquette », c’est-à-dire qu’il est possible que certains commerçants profitent de l’euro pour augmenter les prix
* sur le plus long terme, il sera intéressant de voir si l’euro est un facteur de convergence pour la Bulgarie et s’il favorise la montée en gamme de la spécialisation du pays